Dakar est le théâtre, ce mercredi 22 octobre 2025, du lancement officiel du colloque international baptisé « Muntu en mouvement », un rendez-vous culturel et intellectuel majeur qui s’étendra sur deux jours au Musée des Civilisations Noires (MCN). Cet événement fédère 16 intervenants originaires de six pays africains – Sénégal, Cameroun, Ghana, Kenya, Congo et Guinée équatoriale – réunissant un ensemble d’artistes, de chercheurs, d’intellectuels et d’activistes autour d’un même objectif : réinventer les savoirs du peuple et des communautés, sources des nouvelles grammaires de la solidarité et de la liberté.
Structuré autour de quatre axes thématiques – l’art, les épistémologies africaines, les savoirs endogènes et la spiritualité – le colloque s’inscrit dans la dynamique du concept de « Muntu », un terme signifiant « humanité » en tant que communauté, popularisé par le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga (1934-2018). Selon les organisateurs, la manifestation vise à mettre en lumière les voix contemporaines africaines et afro-diasporiques, reconnues pour leur puissance transformatrice, tout en offrant un espace de réflexion croisant art, philosophie, technologie et politique.
Cet événement est soutenu par l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) dans le cadre du programme ACERCA, ainsi que par le Musée des Civilisations Noires. Il permettra des échanges riches entre les différents acteurs, tous engagés à repenser les récits alternatifs et imaginer la création collective d’une Afrique en mouvement.
L’ouverture officielle a été assurée par Mouhamed Abdallah Ly, directeur général du MCN, qui a insisté sur une « participation relationnelle incarnée et engagée » à l’image du concept de Muntu. Depuis sa création en décembre 2018, le musée s’attache à restaurer, transmettre et faire dialoguer les héritages pluriels de l’Afrique et de ses diasporas.
Maria Dolores Rios Peset, ambassadrice d’Espagne à Dakar, a souligné l’importance du Sénégal comme partenaire prioritaire dans la politique espagnole, évoquant un modèle de coopération bilatérale exemplaire en Afrique de l’Ouest. Elle a réaffirmé l’engagement de l’Espagne dans le dialogue interculturel, la promotion des droits humains et le renforcement des liens entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques.
Le baobab du cinéma sénégalais, Moussa Sène Absa, également intervenant, a partagé une réflexion profonde sur la « Charte du Manding », un texte millénaire de 44 articles prônant le partage, le respect du vivant et la responsabilité envers la nature. Pour lui, cette philosophie du Muntu arrive à une époque cruciale où les injustices et la détérioration de la planète imposent un sursaut collectif.
Présidant la rencontre au nom du ministre de la Culture, le Président du conseil d’administration du Secrétariat d’État à la Culture, Dr Salif Diédhiou, a salué la pertinence des travaux proposés. Il a affirmé que les conclusions du colloque pourraient utilement alimenter la politique culturelle nationale. Il a également encouragé les initiatives privées dans le domaine, soulignant que l’État ne peut à lui seul porter l’animation culturelle du pays.
Avec ce colloque, Dakar s’affirme une fois de plus comme un carrefour de pensée et d’expression culturelle, porté par la richesse et la pluralité des héritages africains.
Moctar Sissoko,iratv.net

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