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Lettre ouverte à Monsieur le Premier Ministre Ousmane Sonko

Par Alioune Ndiaye, Expert en développement international, Écrivain de la transformation
« Il faut transformer,encore transformer,toujours transformer »

Monsieur le Premier Ministre,
Je prends la plume aujourd’hui, non pas pour juger, encore moins pour contester mais pour partager une réflexion fraternelle et citoyenne sur le moment que traverse notre pays. Vous incarnez aujourd’hui une espérance collective, forgée dans la douleur, la patience et le rêve d’un Sénégal plus juste. Cette espérance ne doit pas se dissiper dans la routine du pouvoir ou dans la ferveur partisane. Elle doit se traduire par une gouvernance lucide, inclusive et tournée vers l’essentiel.
I. Gouverner, c’est hiérarchiser les priorités
Monsieur le Premier Ministre, vous avez hérité d’un pays en convalescence. Les défis économiques, sociaux et institutionnels qui jalonnent votre parcours à la tête du gouvernement exigent une attention constante et une gestion fine des priorités. Dans un contexte marqué par une inflation persistante, des tensions sur le pouvoir d’achat et un chômage des jeunes toujours préoccupant, l’heure est moins à la démonstration de popularité qu’à la démonstration d’efficacité.
Les Sénégalais attendent du gouvernement des réponses claires sur des sujets concrets : l’emploi, la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire, la stabilité sociale. Ce sont là les véritables champs de bataille de la transformation nationale. Gouverner, c’est choisir. Et ces choix doivent s’appuyer sur la réalité du terrain non sur la rythmique des foules.
Les grands rassemblements politiques ont leur sens dans la vie démocratique. Ils rappellent l’attachement du peuple à ses leaders. Mais dans les temps difficiles, le véritable leadership s’exprime dans la discrétion du travail, la rigueur de la méthode et la cohérence des résultats.
II. “La patrie avant le parti” : une responsabilité historique
Le slogan que vous avez popularisé — « La patrie avant le parti » — est devenu une référence nationale. Il a réconcilié la politique avec la morale en réaffirmant que le service public doit primer sur l’intérêt partisan. Aujourd’hui, cette maxime doit redevenir la boussole de l’action gouvernementale.
Mettre la patrie avant le parti, c’est préserver la neutralité des institutions, protéger la cohésion nationale et éviter que les débats politiques ne se transforment en fractures sociales. C’est aussi accepter de s’entourer de compétences même au-delà du cercle partisan pour que la République tire profit de toutes ses intelligences.
L’État appartient à tous et son redressement exige la participation de toutes les forces vives : travailleurs, enseignants, entrepreneurs, intellectuels, femmes et jeunes. Le Sénégal ne peut se reconstruire sur des camps mais sur un consensus autour du développement, de la justice et de la solidarité.
III. Le populisme n’est pas une politique publique
L’histoire récente des nations africaines montre que le populisme finit toujours par se heurter à la réalité de la gouvernance. Les foules peuvent accompagner un rêve mais elles ne construisent pas un pays. Ce sont les politiques publiques, les réformes courageuses et les institutions solides qui bâtissent une nation durable.
Le Sénégal ne doit pas tomber dans le piège d’une communication politique permanente. Notre peuple est mûr. Il juge désormais sur les faits non sur les discours. Chaque mesure, chaque réforme, chaque budget voté doit parler pour lui-même.
Votre leadership, Monsieur le Premier Ministre, doit désormais s’appuyer sur les actes : la maîtrise des prix, l’amélioration du système de santé, la réforme de la fonction publique, la relance de la production nationale, la formation des jeunes et la valorisation de nos ressources naturelles au profit du peuple. C’est à travers ces leviers que se jugera la pertinence de votre action et la fidélité à vos engagements.
IV. Un mandat de confiance à transformer en mandat de résultats
Ce mandat, le peuple vous l’a confié parce qu’il croyait en votre parole, en votre courage et en votre volonté de rompre avec les pratiques anciennes. Mais la confiance, dans la vie politique comme dans la vie humaine, n’est jamais acquise. Elle se renouvelle chaque jour au rythme des résultats obtenus.
Le temps des promesses est derrière nous. Celui de la réalisation a commencé. L’histoire du Sénégal retiendra moins les discours de campagne que les avancées concrètes qui auront marqué ce quinquennat.
Les défis sont immenses mais les atouts du pays le sont tout autant. Nos jeunes sont dynamiques, nos femmes sont résilientes, nos terroirs sont riches et nos valeurs culturelles demeurent fortes. Il ne manque qu’une gouvernance stable, cohérente et prévisible pour transformer ce potentiel en prospérité partagée.
V. L’appel à la mesure et à la sagesse
Monsieur le Premier Ministre, le pouvoir ne se mesure pas à la capacité de convaincre une foule mais à celle de convaincre l’histoire.
La grandeur d’un dirigeant se lit dans sa capacité à écouter, à arbitrer avec justice et à transformer la critique en moteur de progrès.
Vous avez souvent parlé de rupture. Elle doit désormais s’incarner non dans la confrontation, mais dans la construction. La vraie rupture, c’est celle qui substitue la rigueur à la gesticulation, la compétence au clientélisme, la vision au populisme.
Dans cette phase décisive, vous avez l’opportunité de poser les bases d’un nouveau modèle de gouvernance : sobre, transparente, et centrée sur le bien-être du citoyen. C’est à cette condition que le peuple continuera de croire en vous, au-delà des passions partisanes et des contingences politiques.
Monsieur le Premier Ministre,
Je ne doute pas de votre patriotisme, ni de votre engagement sincère. Mais je vous invite, avec humilité et respect, à réorienter votre énergie vers les chantiers prioritaires du développement. Le Sénégal n’a pas besoin d’un tribun mais d’un bâtisseur.
Il n’a pas besoin d’un sauveur mais d’un chef d’équipe.
Le peuple, souverain et patient, attend. Il espère toujours voir se lever cette ère nouvelle, celle d’un Sénégal solidaire, intègre et prospère que vous avez si souvent évoquée.
Recevez, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma haute considération et de ma confiance dans votre sens du devoir.

Alioune Ndiaye

Dakar,le mardi 11 novembre 2025