Une étude récente menée par Caribou en partenariat avec la Fondation Mastercard révèle une révolution silencieuse dans le secteur agricole d’Afrique de l’Ouest. Des millions de jeunes agriculteurs réinventent les réseaux sociaux du quotidien, détournant ces plateformes en outils puissants d’intelligence de marché, d’apprentissage collaboratif et de commercialisation, avec des impacts concrets sur leur productivité, leurs revenus et l’emploi.
En Côte d’Ivoire et au Bénin, ces jeunes « agripreneurs » exploitent WhatsApp, Facebook, TikTok et autres réseaux sociaux bien au-delà de leur usage traditionnel. Dans des groupes de discussion spécialisés, ils partagent des informations sur les prix des produits, dénoncent les fraudeurs et repèrent les acheteurs fiables. La diffusion en direct permet de présenter leurs récoltes et produits transformés aux consommateurs urbains, créant ainsi une relation de confiance favorisant les ventes.
« L’agriculture sociale est menée par les jeunes et les femmes qui réinventent un avenir agricole inclusif, ancré dans le numérique et riche de potentiel », explique Charlene Migwe, directrice de programme chez Caribou. Pour Eunice Mutheng, directrice intérimaire de la recherche à la Fondation Mastercard, « ces agripreneurs innovent avec des moyens limités, partageant outils numériques et savoir-faire sur des plateformes non conçues à l’origine pour l’agriculture. Leur potentiel est colossal, à condition d’être soutenu ».
L’étude documente également le rôle fondamental de ces réseaux dans des contextes où les services publics de conseil agricole atteignent moins d’un exploitant sur cinq, où 86 % des adultes n’ont pas accès à un compte bancaire, et où les producteurs ruraux subissent régulièrement des ventes à bas prix faute d’informations réelles sur les marchés.
Un producteur d’anacarde en Côte d’Ivoire, par exemple, peut désormais recevoir quotidiennement via WhatsApp les prix actualisés transmis par d’autres agriculteurs. De même, un transformateur de soja au Bénin expose ses produits sur Facebook et reçoit des paiements par mobile money de clients situés à plusieurs centaines de kilomètres, contournant ainsi les freins traditionnels d’accès au crédit et aux marchés.
**Réseaux sociaux agricoles : des usages innovants**
– **WhatsApp**, devenu un véritable réseau d’intelligence de marché, regroupe des communautés d’agriculteurs échangeant sur les prix et les bonnes pratiques.
– **Facebook** sert de vitrine commerciale où transformateurs et commerçants créent des pages professionnelles pour renforcer la confiance des clients.
– **TikTok** est utilisé pour diffuser des vidéos pédagogiques, présentant des techniques adaptées aux réalités locales, de la lutte contre les ravageurs à la préparation de pesticides biologiques.
Face à cette dynamique, les auteurs de l’étude appellent à une reconnaissance officielle et un soutien institutionnel renforcé. Plutôt que de créer de nouveaux systèmes numériques, ils recommandent aux gouvernements, aux organisations de développement, aux opérateurs de plateformes et aux investisseurs d’intégrer et de renforcer l’infrastructure déjà construite par ces jeunes agriculteurs.
Les recommandations incluent notamment la formation via les plateformes existantes, l’intégration de solutions de paiement mobile pour faciliter les transactions, et l’amélioration de la connectivité rurale, qui reste un défi majeur. En effet, seuls 11 % des habitants ruraux du Bénin ont accès à l’électricité, tandis que les femmes ont 19 % de moins de chances que les hommes d’utiliser l’internet mobile.
Avec quelque 7 millions d’utilisateurs des réseaux sociaux en Côte d’Ivoire et 2,4 millions au Bénin, dont près d’un quart les mobilise pour des activités agricoles, cette innovation numérique est déjà en train de redéfinir le développement rural et l’agriculture en Afrique de l’Ouest.
Moctar Sissokho

Plus d'histoires
CEDEAO : Les directeurs des chaînes de télévision nationales mobilisés à Cotonou contre la désinformation
Riz sénégalais : vers une meilleure production et valorisation, le « Mardi du BAME » fait le point sur les défis et stratégies
Sénégal : La filière coquillage au cœur d’un renouveau sanitaire et économique grâce à un projet innovant