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Externalisation technologique : l’intelligence artificielle redéfinit les perspectives du secteur en Afrique d’ici 2030

 

D’ici 2030, l’intelligence artificielle pourrait automatiser jusqu’à 40 % des tâches dans le secteur en pleine expansion de l’externalisation technologique en Afrique, selon un rapport publié le dimanche 6 avril par les cabinets de conseil Caribou et Genesis Analytics, en partenariat avec la Fondation Mastercard.

Cette étude met en lumière la transformation profonde que connaît déjà le secteur de l’externalisation des processus d’affaires (BPO) et des services informatiques (IT), où seulement 10 % des tâches seraient totalement à l’abri de l’automatisation. L’enjeu est clair : investir massivement dans la formation à l’IA pour permettre au continent de libérer un potentiel économique estimé à 35 milliards de dollars d’ici 2028.

« L’industrie de l’externalisation technologique en Afrique se développe rapidement, créant de nouveaux emplois chaque année. L’IA peut être un levier de croissance si nous préparons notre jeunesse à cette transformation », a déclaré Rodwell Mangisi, directeur des programmes panafricains d’économie numérique à la Fondation Mastercard.

Le rapport appelle à un changement de paradigme : là où l’IA remplace les tâches répétitives, elle ouvre aussi la voie à des rôles plus stratégiques, axés sur la prise de décision, l’innovation et la création de valeur. Des outils tels que ChatGPT, Microsoft Copilot ou encore des chatbots internes sont déjà utilisés pour améliorer la productivité, l’assistance client et le codage.

Cependant, l’étude met également en garde contre les risques de creusement des inégalités, notamment en ce qui concerne les jeunes et les femmes, qui occupent majoritairement les postes les plus exposés à l’automatisation. Par exemple, les métiers liés à l’expérience client, représentant 44 % de l’emploi dans le BPO, pourraient voir la moitié de leurs tâches automatisées. Dans la finance et la comptabilité, ce sont près des deux tiers des fonctions de niveau junior qui sont menacées.

Charlene Migwe, directrice de programme chez Caribou, insiste sur l’importance de mettre en place des politiques inclusives : « Le secteur est à un tournant décisif. Avec les bons investissements, nous pouvons transformer les menaces de l’automatisation en moteurs d’innovation et de résilience. »

Au Sénégal, le secteur BPO est en plein essor. Il devrait générer 10,8 millions de dollars en 2025, avec une croissance annuelle de 7 % pour atteindre 14,26 millions de dollars en 2029. Le gouvernement s’est engagé à investir 11,9 millions de dollars dans une Stratégie nationale d’intelligence artificielle, dans l’objectif de faire de l’IA un vecteur de développement économique.

Pour maximiser les bénéfices de l’IA tout en limitant les impacts négatifs, le rapport propose plusieurs recommandations :

  1. Perfectionnement des compétences : Intégrer des formations en IA, cybersécurité et annotation de données dans les cursus des travailleurs BPO, avec un focus particulier sur les femmes et les jeunes.
  2. Gouvernance éthique : Mettre en place un cadre réglementaire clair garantissant des conditions de travail équitables, la sécurité de l’emploi et la santé mentale des employés.
  3. Accès équitable aux infrastructures numériques : Déployer des programmes de prêts de matériel informatique à taux zéro pour les jeunes des zones rurales et périurbaines.

Selon Jon Beardsley, directeur du programme Digital Livelihoods chez Genesis Analytics : « La question n’est pas de savoir si l’Afrique participera à la révolution de l’IA, mais si elle choisira d’en être un leader.

Moctar Sissoko