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Le DG de Tactikom met en garde : « Starlink n’est pas une solution adaptée au Sénégal »

Dakar, 27 janvier 2026 – Le directeur général de Tactikom, Pape Gorgui Touré, a animé une conférence-débat pour alerter les autorités sur, selon lui, les limites techniques de la solution satellitaire Starlink au regard des réalités sénégalaises, tout en plaidant pour des alternatives locales capables d’élargir efficacement la couverture Internet sur le territoire national.
Cette rencontre, organisée dans la capitale, visait également à attirer l’attention sur des enjeux économiques majeurs liés au trafic téléphonique international et aux services numériques à valeur ajoutée. D’après le document partagé avec la presse, il s’agit notamment de « récupérer plus de 300 milliards de FCFA par an » qui devraient, selon les estimations avancées, revenir au Sénégal au titre des flux du trafic téléphonique international (traditionnel et VoIP), ainsi que des recettes et de la TVA associées aux services numériques.
S’exprimant à l’issue des échanges, Pape Gorgui Touré a rappelé l’importance stratégique de la connectivité. « La connectivité est un élément essentiel. Sans connexion, il n’y a ni communication ni développement. Cette conférence a permis d’éclairer des aspects techniques souvent méconnus », a-t-il déclaré.
L’expert en télécommunications estime nécessaire de « réagir à certaines orientations annoncées par les autorités », notamment l’idée de recourir à Starlink comme solution de substitution aux opérateurs nationaux, dont les objectifs de couverture, selon lui, ont parfois été atteints plus lentement que prévu.
Selon M. Touré, la conception même du système Starlink ne correspondrait pas aux besoins des pays situés dans les zones tropicales. « Starlink a été optimisé pour les latitudes élevées, entre 40 et 65 degrés, là où se trouvent l’Amérique du Nord, l’Europe, la Russie ou le nord de la Chine. Ce sont des zones jugées économiquement prioritaires. Le système a donc été pensé d’abord pour elles », a-t-il expliqué.
Le Sénégal, situé à environ 15 degrés de latitude, ne bénéficierait, selon lui, que d’un passage « opportuniste » des satellites. « Les orbites couvrent toute la Terre, mais les capacités réellement mobilisées au-dessus de notre zone sont, à ses yeux, insuffisantes pour supporter une utilisation massive et durable », a-t-il soutenu, estimant que Starlink « n’est pas une solution optimale pour le pays ».
Pour le directeur général de Tactikom, la priorité devrait plutôt être accordée au renforcement des opérateurs déjà présents au Sénégal. Il s’appuie notamment sur les données publiées par l’ARTP, qui montrent une présence progressive des trois opérateurs dans différentes zones du territoire. Toutefois, il souligne un déséquilibre économique : « Les opérateurs investissent pour acheminer le trafic, mais ne perçoivent plus une rémunération équitable sur le trafic entrant, ce qui limite leurs capacités d’investissement ».
M. Touré avance ainsi que le Sénégal pourrait récupérer « près de 300 milliards de FCFA par an » en réorganisant la gestion du trafic international et des services numériques. « Avec Starlink, ces recettes échapperaient totalement à l’économie nationale », a-t-il affirmé.
En guise de pistes de solution, il préconise plusieurs mesures, dont la définition de tarifs de prestations réciproques entre opérateurs pour faciliter le partage d’infrastructures actives, le renforcement du cadre de négociation avec les partenaires techniques internationaux pour une juste rémunération du trafic entrant, ainsi qu’une meilleure captation des revenus et de la TVA issus des services numériques à valeur ajoutée.
À travers cette conférence-débat, Pape Gorgui Touré appelle ainsi les autorités à privilégier des solutions locales et structurantes, afin d’assurer une couverture Internet durable, économiquement bénéfique et techniquement adaptée aux réalités du Sénégal.

Moctar Sissoko ,iratv.net