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L’OIT publie un rapport sur la violence et le harcèlement au travail au Sénégal, Burkina Faso et Côte d’Ivoire (2022-2024)

 

L’Organisation internationale du Travail (OIT) a présenté ce lundi 9 mars 2026 son nouveau rapport sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail, portant sur trois pays d’Afrique de l’Ouest : le Sénégal, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Cette présentation s’est tenue lors d’une conférence de presse virtuelle réunissant les directrices des bureaux pays de l’OIT à Dakar et Abidjan, ainsi que les experts ayant contribué à l’étude.

Intitulé *« Rendre visible l’invisible : Comprendre et combattre la violence et le harcèlement au travail dans trois pays d’Afrique de l’Ouest »*, ce document s’appuie sur quatre recherches multidisciplinaires menées entre 2022 et 2024. Il constitue l’un des ensembles de données les plus complets disponibles dans la région sur la prévalence, les formes, les causes et les conséquences de la violence et du harcèlement au travail.

Les chiffres révélés sont inquiétants : 65 % des travailleurs sénégalais déclarent avoir été exposés à ces violences, contre 58 % en Côte d’Ivoire et 43 % au Burkina Faso. La forme la plus courante est la violence psychologique, recensée chez 60 % des travailleurs au Sénégal, 53 % en Côte d’Ivoire et 40 % au Burkina Faso. La violence physique touche quant à elle 23 % des travailleurs sénégalais, 13 % dans les autres pays. La violence et le harcèlement sexuels touchent 20 % des personnes en Côte d’Ivoire, 19 % au Sénégal et 11 % au Burkina Faso.

Ira Postolachi, chargée de projet à l’OIT sur la lutte contre la violence et le harcèlement au travail, a insisté sur ces disparités, précisant également que les hommes sont majoritairement les auteurs de ces violences, même si certaines agressions psychologiques et physiques peuvent émaner de femmes.

Le rapport souligne par ailleurs l’impact lourd de ces violences sur la santé mentale, avec des niveaux de dépression, d’anxiété et de stress signalés chez 50 % des victimes au Burkina Faso, 39 % au Sénégal et 36 % en Côte d’Ivoire. Sur le plan physique, les séquelles concernent 34 % des travailleurs au Burkina Faso, 23 % au Sénégal et 18 % en Côte d’Ivoire.

Un autre constat préoccupant est le faible taux de signalement : 40 % des victimes préfèrent garder le silence. Lorsque les victimes osent parler, elles s’adressent majoritairement à leur famille ou à des amis (75 %), beaucoup moins souvent à des collègues (20 %) ou à des structures officielles (5 %). Il a également été noté que, au Burkina Faso et au Sénégal, les femmes signalent davantage que les hommes, tandis que cette tendance est inversée en Côte d’Ivoire.

Lors de la conférence, Samira Daoud, directrice du bureau de l’OIT pour le Sénégal, la Guinée et la Gambie, a souligné l’ampleur du phénomène au Sénégal, où près de deux travailleurs sur trois ont été victimes au moins une fois dans leur carrière professionnelle. Elle a déploré que la violence psychologique reste la forme la plus banalisée, alors que les violences sexuelles continuent de toucher particulièrement les femmes.

Face à ces enjeux, la directrice a salué les progrès réalisés au Sénégal, où les partenaires tripartites — gouvernement, syndicats et employeurs — ainsi que la société civile et la presse se sont mobilisés pour sensibiliser, dialoguer et plaider en faveur de la prévention et de l’élimination des violences au travail. Elle a rappelé l’importance de la convention n°190 de l’OIT, première norme internationale visant à éradiquer la violence et le harcèlement en milieu professionnel, comme cadre de référence prometteur.

Le rapport formule 12 recommandations structurées autour de trois axes fondamentaux : une approche inclusive et sensible au genre, la prévention avec une responsabilité partagée, et enfin la protection, l’accompagnement et les voies de recours pour les victimes. L’objectif est clair : garantir un monde du travail sûr, respectueux et exempt de violences pour tous.

Moctar Sissoko