Face à la baisse des prix mondiaux du riz, chercheurs et décideurs se mobilisent pour renforcer la production locale, dynamiser la commercialisation et protéger les revenus des ménages, dans un contexte marqué par la promotion accrue du riz national.
Dakar ,le 03 Mars 2026– Le Bureau d’analyses macro-économiques (BAME) de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) a organisé, ce mardi 3 mars à Dakar, la 30e édition des « Mardis du BAME ». Cette rencontre, coanimée avec le Centre de recherches agricoles (CRA) de Saint-Louis, a porté sur un thème central : « Le riz sénégalais face à la baisse des prix mondiaux : stratégies pour mieux produire, mieux vendre, et protéger les revenus des ménages et des producteurs ».
Ce rendez-vous annuel a réuni chercheurs, représentants de l’État et acteurs de la filière autour d’une problématique économique et sociale majeure : pourquoi la consommation du riz local demeure-t-elle inférieure à celle du riz importé, et comment inverser cette tendance ? Cette interrogation s’inscrit dans un contexte politique ambitieux visant la réduction de la dépendance alimentaire, avec un appui gouvernemental renforcé à travers des subventions, des investissements dans l’irrigation et le développement des infrastructures.
Pour Babacar Sembéne, directeur général de l’Agence de régulation des marchés (ARM), l’un des principaux freins réside dans le faible financement des phases post-récolte, qui ne représente que moins de 5 % du budget agricole. « On investit surtout dans la production, mais on manque d’espace et de moyens pour valoriser les récoltes », a-t-il souligné, appelant à une réorientation des financements dans la chaîne de valeur du riz.
De son côté, Daouda Séné, directeur de l’Agriculture, a réaffirmé la volonté constante du ministère en charge de l’agriculture d’appuyer la recherche afin d’accompagner l’évolution du secteur. « Tous les projets du ministère doivent désormais intégrer un volet recherche avec un budget dédié », a-t-il précisé.
Lors de cette édition, la chercheure Ndèye Fatou Faye, représentant le BAME, a mis en lumière les résultats de leurs travaux. Elle a insisté sur la nécessité d’un dialogue intensifié entre décideurs et acteurs de la chaîne de valeur, rappelant que la consommation reste paradoxalement dominée par le riz importé en zone rurale, alors que le riz local s’impose davantage en milieu urbain. « La production et la consommation sont souvent négligées dans les politiques publiques, d’où l’importance de partager ces informations basées sur la recherche », a-t-elle affirmé.
Sa collègue, Finda Baye Diakhaté, a quant à elle présenté les analyses sur la compétitivité des variétés locales par rapport aux riz importés, pointant la nécessité d’adapter les nouvelles variétés aux préférences des consommateurs afin de favoriser l’adhésion du marché local.
Le BAME, unité de recherche pluridisciplinaire de l’ISRA, joue un rôle clé dans l’accompagnement des politiques publiques agricoles grâce à ses travaux en sciences économiques et sociales, éclairant ainsi les stratégies de développement du secteur agricole sénégalais.
En définitive, cette 30e édition des « Mardis du BAME » ouvre une nouvelle phase de réflexion collective sur les leviers à actionner pour que le riz sénégalais s’impose durablement, conciliant amélioration des pratiques agricoles, valorisation des savoir-faire locaux et sécurisation des revenus des ménages producteurs. Car, derrière chaque grain de riz, c’est tout un enjeu de souveraineté alimentaire et de résilience économique nationale qui se joue.
Moctar Sissoko

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