Au Sénégal, la réforme institutionnelle ressemble parfois à un grand chantier où chacun arrive avec sa truelle… mais où personne n’est tout à fait d’accord sur l’endroit où poser la première brique. Et voilà que, dans ce vaste projet de refonte de l’État, surgit un débat qui pourrait sembler technique, presque ennuyeux, la modification des articles L29 et L30 du Code électoral mais qui, en réalité, révèle une scène politique digne d’un théâtre où les acteurs découvrent soudain que jouer ensemble est plus compliqué que gagner ensemble.
Car aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les adversaires politiques qui se regardent en chiens de faïence. Non. Ce sont des alliés d’hier, réunis sous la bannière du changement, qui commencent à se rappeler qu’une coalition électorale n’est pas forcément une communauté philosophique.
D’un côté, les Pastefiens sous la conduite de Ousmane SONKO veulent modifier rapidement les articles L29 et L30. Pourquoi attendre ? Pourquoi ralentir ? L’histoire n’attend pas, dit-on souvent dans les cercles réformateurs. Et après tout, lorsqu’on promet une rupture historique, il faut bien donner l’impression que les marteaux frappent vite et fort.
De l’autre côté, la coalition DiomayePresident répondent avec un sourire prudent : « Attention à la procédure. » Et surtout cette phrase devenue presque proverbiale :
« Ne forçons pas une porte déjà ouverte. »
Une phrase magnifique. Élégante. Presque poétique. Mais dans la pratique politique, elle signifie souvent :
« Nous ne sommes pas contre la réforme… mais pas comme ça, pas maintenant, et surtout pas sans nous. » Elle suggère que la réforme est certes acquise, mais qu’elle doit s’inscrire dans un cadre global (CENI, Conseil constitutionnel, révision constitutionnelle) plutôt que dans une précipitation isolée.
Le grand paradoxe des réformes c’est aller vite… mais pas trop vite où du moins avec nous.
Dans toute réforme institutionnelle, il y a toujours deux catégories d’acteurs.
Il y a ceux qui veulent aller vite, très vite convaincus que le temps politique est une ressource rare, qu’il faut utiliser avant que l’opinion publique ne s’impatiente ou que les circonstances ne changent.
Et puis il y a ceux qui préfèrent avancer avec prudence, rappelant que l’État n’est pas une startup et que les institutions ne se mettent pas à jour comme une application mobile.
Entre les deux, naît un conflit classique :
le conflit entre la vitesse et la légitimité.
Car une réforme trop rapide peut apparaître suspecte. Mais une réforme trop lente peut devenir inutile.
Articles L29 et L30 : petits articles, grands soupçons. Sur le papier, il s’agit simplement de modifier des articles techniques du Code électoral. Rien qui fasse vibrer les foules dans les marchés ou les bus.
Mais en politique, il n’existe pas de détail innocent. Modifier une règle électorale, c’est toujours toucher au cœur du pouvoir. C’est redessiner, même légèrement, le terrain sur lequel se jouera la prochaine compétition politique. Et c’est là que la méfiance s’installe.
Certains voient dans ces modifications une nécessité logique. D’autres y voient une tentative subtile d’avancer masqué, en utilisant des chemins procéduraux que seuls les juristes comprennent vraiment ce qui, en politique, est souvent une excellente manière de faire passer des changements sans trop de bruit.
Le détournement de procédure : accusation classique, arme redoutable de Diomayepresident.
Accuser un adversaire ou un allié de vouloir « détourner la procédure » est une arme politique redoutable. Pourquoi ?
Parce que la procédure, en démocratie, est sacrée. Elle donne l’apparence de la neutralité. Elle rassure. Elle stabilise.
Mais dans la pratique, la procédure est aussi un terrain stratégique.
Un champ de bataille discret, feutré, où les grandes décisions se prennent loin des slogans et des micros.
Lorsqu’on parle de « détournement », on ne parle pas seulement de droit.
On parle de confiance.
Ou plutôt, de méfiance.
Il y a quelque chose d’ironiquement prévisible dans cette situation.
Hier encore, l’unité était évidente. L’objectif était clair : conquérir le pouvoir. Les divergences pouvaient attendre. Les désaccords étaient suspendus au nom d’un intérêt supérieur.
Mais une fois la victoire acquise, les choses changent.
Car gouverner n’est pas gagner.
Et réformer n’est pas promettre.
Une coalition électorale est un pacte de circonstance. Une coalition gouvernementale, elle, devient un test permanent de cohérence. Soit on est APTE,soit on est INAPTE.
Et c’est précisément dans les détails techniques comme ces fameux articles L29 et L30 que se révèlent les véritables lignes de fracture.
La tentation du calendrier politique
Derrière le débat juridique se cache une autre question, rarement avouée mais toujours présente : le calendrier.
Quand faut-il réformer ?
Avant une échéance électorale ?
Après ?
Ou juste assez tôt pour en maîtriser les effets ?
Car toute modification électorale porte en elle une suspicion implicite : celle d’un avantage stratégique.
Même lorsqu’elle est justifiée.
Même lorsqu’elle est nécessaire.
En politique, la perception compte souvent autant que la réalité.
« Ne pas forcer une porte déjà ouverte » : une sagesse… ou une prudence calculée ?
La fameuse formule mérite d’être méditée.
Car une porte ouverte peut signifier plusieurs choses :
Une réforme déjà engagée
Un processus en cours
Ou une promesse(pour gagner du temps) encore abstraite
Dans certains cas, dire qu’une porte est ouverte revient surtout à dire qu’il faut attendre que quelqu’un d’autre passe en premier.
C’est une manière élégante de ralentir sans refuser.
Une stratégie classique. Presque intemporelle.
Au fond, le véritable risque de ces tensions n’est pas seulement juridique ou politique.
Il est psychologique.
Car lorsque les citoyens entendent parler sans cesse de réformes, de modifications, de procédures, mais ne voient pas immédiatement les résultats concrets, une forme de fatigue s’installe.
La fatigue démocratique.
Elle se manifeste par :
Le scepticisme
La méfiance
L’indifférence progressive
Et c’est souvent là que les grandes réformes perdent leur sens.
Non pas parce qu’elles échouent techniquement.
Mais parce qu’elles cessent d’être comprises.
Au fond, ce débat autour des articles L29 et L30 ressemble à une leçon politique grandeur nature.
Il rappelle que la révolution institutionnelle n’est pas seulement une affaire de textes.
C’est une affaire d’équilibre.
De confiance.
Et surtout de méthode.
Car une réforme réussie n’est pas celle qui va le plus vite.
Ni celle qui va le plus lentement.
C’est celle qui avance sans briser la confiance.
La grande promesse de rupture institutionnelle avance, dossier sous le bras, vers les bureaux feutrés de la procédure administrative. Et là, surprise : la révolution découvre qu’elle doit remplir des formulaires, respecter des délais et convaincre des partenaires qui, eux aussi, ont leur propre agenda.
Les articles L29 et L30, modestes numéros dans un volumineux Code électoral, deviennent ainsi les héros involontaires d’un drame politique moderne.
Un drame où chacun affirme vouloir la réforme.
Mais pas nécessairement de la même manière.
Ni au même moment.
Ni pour les mêmes raisons.
Et comme souvent en politique, la vraie question n’est pas :
faut-il ouvrir la porte ?
Mais plutôt :
qui tient la poignée ?
Le Président Mr Bougar DIOUF
Coalition Défense des Valeurs et des Fondamentaux Républicain C2SR
Union des Panafricanistes Sénégalais – UPS

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