Dakar, 21 octobre 2024 – Lors d’un point de presse tenu ce mardi à Dakar, Aïssatou Fall Diop, présidente directrice générale du groupe PROD’ADF, maison mère de la Web TV Public SN TV, a fermement réfuté les accusations de détournement de fonds portées à son encontre par la Banque Nationale pour le Développement Économique (BNDE). Elle a dénoncé « des manœuvres d’intimidation » visant selon elle à discréditer son entreprise et à réduire au silence une voix indépendante.
Le différend oppose PROD’ADF et la BNDE depuis 2022, année où la société avait contracté auprès de la banque un prêt de près de 100 millions de francs CFA, intérêts compris, destiné au lancement et au fonctionnement de Public SN TV, créée la même année. Ce financement a notamment permis l’acquisition du matériel de diffusion, ainsi que la constitution d’un fonds de roulement pour couvrir les salaires et charges diverses.
Sur ce montant, l’entreprise a versé un dépôt de garantie initial représentant 20% du prêt, et bénéficié d’une garantie du FONGIP couvrant 70% du montant. PROD’ADF assure avoir remboursé régulièrement 1 650 000 FCFA mensuellement, tout en soulignant que, malgré ces efforts, la BNDE réclamerait encore aujourd’hui pas moins de 49 millions de francs CFA.
Selon Mme Diop, les difficultés financières rencontrées découlent avant tout des mesures de harcèlement visant Public SN TV : « signalements abusifs, suspensions de diffusion et retrait de publicité institutionnelle » ont profondément affecté les revenus de l’entreprise, perturbant son équilibre économique. Face à ces entraves, PROD’ADF a sollicité auprès de la BNDE une restructuration de la dette, demandant notamment un allongement de la durée de remboursement de cinq à dix ans, un différé de six mois et le déblocage du dépôt de garantie.
Un accord de restructuration avait été signé et notarié, mais, à la surprise de la direction, la BNDE a récemment fait volte-face, réclamant le remboursement immédiat du solde et menaçant la société de poursuites pénales pour « détournement de prêt consenti par l’État ». Une démarche que la PDG qualifie d’inacceptable et de politique : « La BNDE transforme un différend commercial en une affaire politique dont l’objectif est de faire taire une voix indépendante ».
Face à cette situation, Aïssatou Fall Diop a réaffirmé avec fermeté que PROD’ADF n’a détourné aucune somme : « Nous honorons nos engagements et demandons simplement que soient respectés la loi et les accords signés ». Elle invite la banque à saisir le Tribunal de commerce pour recouvrer sa créance au lieu de recourir à la menace judiciaire de nature pénale. Et d’ajouter : « Si la BNDE persiste dans la diffamation, nous n’hésiterons pas à défendre notre honneur, nos droits et notre liberté par toutes les voies de droit. »
Cette controverse illustre les tensions croissantes entre certains médias indépendants et les institutions financières publiques au Sénégal, pointant du doigt l’équilibre fragile entre soutien économique et pression politique.
Moctar Sissoko,iratv.net

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