Ce mercredi 29 avril, à Dakar, le Colonel Amadou Tidiane Cissé a présenté son nouvel ouvrage intitulé « Le banquet des minerais », une analyse pointue de la rivalité stratégique qui oppose les États-Unis à la Chine pour le contrôle des minerais critiques. L’auteur, également inspecteur principal à la Direction générale des douanes du Sénégal, décrypte les enjeux géopolitiques majeurs dans un continent qualifié de « scandale géologique ».
Dans son livre, Cissé met en lumière la bataille féroce menée par les grandes puissances pour s’assurer l’accès au cobalt, au manganèse, au graphite naturel, mais aussi au cuivre, au nickel ou au lithium — des ressources indispensables à la transition énergétique, à l’innovation technologique et à l’industrie militaire. Il rappelle que l’Afrique concentre 55 % du cobalt mondial, près de la moitié du manganèse, plus de 20 % du graphite, et détient des réserves considérables de cuivre et de lithium.
Cependant, ces richesses s’avèrent être une arme à double tranchant. « L’exploitation minière finance des groupes armés comme le M23 en RDC, nourrit des guerres au Sahel et au Soudan, et alimente des réseaux criminels dans des zones d’orpaillage telles que Kédougou », relève l’auteur. La militarisation des régions minières s’accentue, avec l’intervention de sociétés militaires privées comme Wagner en RCA et au Mali, l’influence croissante de la Chine en Afrique australe, et celle de la Turquie au Niger, fragilisant ainsi la souveraineté des États.
Face au paradoxe africain – abondance minérale et pauvreté persistante –, Cissé s’interroge sur les causes profondes. « Les conflits armés, alimentés par la guerre des minerais, sont à l’origine de la paupérisation massive. Les superpuissances se livrent une guerre commerciale, et l’Afrique devient le terrain d’affrontement », explique-t-il. « Mon objectif était de lever un coin du voile sur cette problématique de géopolitique des minerais », souligne-t-il.
L’auteur insiste sur le rôle clé de l’Afrique dans la transition énergétique mondiale. « Ces minerais servent à fabriquer des batteries pour véhicules électriques et sont utilisés dans l’industrie aéronautique, la défense. Or, la majorité de ces ressources se retrouvent ici, sur notre continent », observe-t-il.
Pour le Colonel Cissé, l’Afrique devrait tirer parti de ses potentialités pour assurer une croissance durable et résorber le chômage. « Chaque année, 10 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché de l’emploi. Si nous valorisons nos ressources stratégiques, cela pourrait favoriser une croissance économique plus importante et attirer davantage d’investissements », conclut l’auteur.
Moctar Sissoko

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