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Comment les politiques de prévention du sida ont façonné les dynamiques au sein de la communauté homosexuelle

 

Au début de l’épidémie, le VIH/Sida touchait principalement la communauté homosexuelle. Face à la stigmatisation, ces derniers ont activement combattu l’utilisation du virus comme argument contre leur mode de vie. Ils ont récupéré la lutte contre la maladie pour défendre leurs droits et leurs causes. De nombreuses associations de prévention et de soutien aux malades, telles que Act Up, ont été fondées par des membres de cette communauté. Ces associations bénéficient d’appuis financiers solides, tant des gouvernements que des communautés LGBT, et exercent une influence notable sur les politiques de santé publique dans les pays occidentaux.

Adama Mboup, coordonnateur du comité de défense des valeurs morales au Sénégal et porte-parole du collectif « And Samm Jikko yi », souligne dans une contribution récente : « Déterminés à promouvoir la libération sexuelle, ces acteurs ont parfois limité les campagnes de lutte au seul usage du préservatif et à l’éducation sexuelle en milieu scolaire ».

Selon Catherine Deschamps dans son ouvrage *Splendeur et misère de la prévention du sida*, la prévention est parfois perçue comme accessoire, voire incitative, notamment en France. Un dirigeant sénégalais d’une association de lutte contre le sida reconnue confirme : « Le gouvernement du Sénégal a fait des ouvertures envers les homosexuels, qui ont profité de cette opportunité pour mieux s’organiser et défendre leurs intérêts ».

Lors de la conférence sur les rétrovirus à Atlanta en 2013, des médecins ont tiré la sonnette d’alarme sur la hausse continue des infections dans la communauté gay. Une étude récente révèle que le taux de nouvelles contaminations y est plus élevé que jamais. Adama Mboup évoque une dynamique préoccupante : « La volonté affichée de certains au sein de cette communauté d’affirmer leur révolution sexuelle se fait parfois au détriment de leur propre santé ».

L’UNAIDS rapporte qu’en 2024, environ 1,3 million de personnes ont été nouvellement infectées par le VIH, avec 630 000 décès liés à la maladie. Depuis le début de l’épidémie, plus de 91 millions de personnes ont été infectées, et 44 millions sont décédées. Ces chiffres restent éloignés de l’objectif de réduction drastique fixé pour 2025.

Par ailleurs, selon l’Institut National d’Études Démographiques (INED), la montée des comportements à risque, associée à la hausse supposée de l’homosexualité, coïncide avec une recrudescence des agressions sexuelles sur mineurs — un phénomène qui interroge les politiques de prévention basées sur la promotion exclusive du préservatif, technique qui présente un taux significatif d’échec, selon certains experts.

Dans plusieurs pays africains, des programmes d’éducation sexuelle ont été développés en milieu scolaire pour lutter contre le sida. Or, certains chercheurs, comme Judith Reisman et Edward Eichel, auteurs de *Kinsey, sex and fraud*, critiquent ces initiatives, affirmant qu’elles auraient contribué à accélérer la propagation des infections en encourageant une ouverture sexuelle précoce.

La lutte contre le sida au Sénégal a connu plusieurs polémiques. En 2009, neuf personnes, majoritairement homosexuelles et membres d’associations telles qu’AIDES, ont été arrêtées pour détention de matériel supposé lié à la prévention du VIH. Condamnés à six ans de prison, leur peine a été annulée sous pression internationale. Joel Nana, coordonnateur du soutien à ces associations, rappelle que le Sénégal est un des principaux bénéficiaires des fonds internationaux dédiés à la lutte contre le sida chez les populations homosexuelles.

Toutefois, cette focalisation financière suscite des critiques, notamment sur l’équilibre des prises en charge. Alors que l’ONUSIDA prône la discrimination zéro, certains dénoncent que les homosexuels bénéficient d’un meilleur accès aux soins et aux ressources, en raison de leur poids dans les financements, ce qui crée une forme de discrimination à l’envers vis-à-vis des autres patients.

Des structures spécialisées, notamment à Dakar, accueillent des patients homosexuels souvent accompagnés de leurs partenaires, bénéficiant de distributions gratuites de préservatifs et lubrifiants. Cette politique, appuyée par certains mouvements féministes et laïcs français, reflète une volonté d’intégrer toutes les sexualités dans les stratégies de santé publique.

Moctar Sissoko