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Réforme du Code de la famille au Sénégal : entre identité culturelle et valeurs sociétales

 

La question de la réforme du Code de la famille sénégalais continue de susciter de vifs débats dans l’espace public. Récemment, la réactivation de la nécessité d’une loi autorisant l’avortement médicalisé, justifiée uniquement par les cas de viol ou d’inceste, a ravivé les tensions. « Qu’est-ce qui garantit que l’avortement se limiterait à ces situations ? », s’interroge Ayteu Cissé, doctorante en droit privé, dans une contribution publiée le 20 août 2026.

Pour elle, la prévention de ces tragédies passe par des mesures sociales fortes, telles que « l’exigence d’un vêtement décent pour les femmes, la réduction de l’accès aux films pour adultes, la lutte contre l’oisiveté, la limitation des réseaux sociaux et un durcissement des sanctions — y compris la peine de mort — contre les auteurs de viols et d’incestes ».

Au-delà de ces propositions, la chercheuse interpelle : « Toute réforme présentée comme un progrès des droits humains représente-t-elle forcément une avancée pour la société sénégalaise ? Peut-on véritablement modifier le droit de la famille sans questionner les valeurs religieuses, culturelles et sociales qui fondent encore notre conception du mariage, de la filiation et des responsabilités familiales ? » Elle appelle à une réflexion dépassionnée, affranchie des complexes vis-à-vis de l’Occident.

Sur le plan juridique, Mme Cissé balaie certaines idées reçues. L’exemple de la transformation de la « puissance paternelle » en « autorité parentale » conjointe mérite, selon elle, d’être relativisé. Le Code de la famille sénégalais prévoit déjà que la puissance paternelle appartient aux deux parents, même si le père exerce cette autorité en tant que chef de famille, avec une possibilité pour la mère de contester les décisions contraires aux intérêts de l’enfant (article 277).

La suppression du statut de chef de famille masculin reste, en revanche, une réforme plus radicale. Elle toucherait à « la conception traditionnelle de la famille » et à une lecture religieuse majeure. En effet, rappelle la doctorante, la tradition islamique établit une autorité particulière des hommes sur les femmes, comme le souligne le verset 34 de la sourate An-Nisâ’. Toutefois, cette même religion a également œuvré pour la dignité des filles, réprimant les pratiques archaïques d’infanticide.

Enfin, Ayteu Cissé déplore la marginalisation progressive des valeurs traditionnelles dans le débat intellectuel sénégalais : « Chaque fois que je défends le port de vêtements décents ou la polygamie, reconnus comme piliers de notre équilibre social, on me reproche de ne pas être « assez intellectuelle ». Or, si nos intellectuels renient les pratiques et valeurs qui fondent notre culture au profit de contre-valeurs importées, le pays risque de perdre son gouvernance ».

Un appel à une réflexion sereine et enracinée, qui vise à concilier modernité et respect des identités culturelles sénégalaises.

Moctar Sissoko