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Conférence de presse de la CNTLS : Le Secrétaire Général Papa Mamadou Kane dénonce des pratiques managériales contestées à Sénégal Numérique S.A.

Dakar, le 20 octobre 2026 – Le Secrétaire Général de la Confédération Nationale des Travailleurs Libres du Sénégal (CNTLS), Papa Mamadou Kane, a animé ce mardi une conférence de presse au siège de l’organisation pour revenir sur le dossier syndical relatif à la dénonciation de pratiques managériales contestées et à la défense des travailleurs de Sénégal Numérique S.A. (SENUM S.A.). Le syndicat dénonce une dégradation persistante du dialogue social, des mesures présumées d’intimidation et une éviction ciblée des anciens cadres.

Le syndicat a exprimé sa profonde préoccupation face à la situation sociale et professionnelle qui prévaut actuellement au sein de SENUM S.A., marquée notamment par le licenciement de trois agents, dans un contexte de tensions persistantes. Les faits portés à la connaissance de l’organisation soulèvent de sérieuses interrogations quant aux pratiques de gestion des ressources humaines, aux conditions d’exercice du pouvoir disciplinaire et au respect des droits des travailleurs.

Parmi les griefs évoqués : la rupture du dialogue professionnel, la mise à l’écart de certains responsables, la suppression de primes trimestrielles, la multiplication des procédures disciplinaires, les modifications contestées de certaines situations contractuelles ainsi que le licenciement d’agents ayant consacré de nombreuses années de leur vie professionnelle à l’entreprise.

« Notre organisation syndicale ne saurait accepter qu’un changement de direction constitue un prétexte pour marginaliser certains responsables, remettre en cause des droits acquis ou instaurer un climat d’insécurité professionnelle au sein de l’entreprise », a déclaré Papa Mamadou Kane, soulignant que la gestion d’une société publique doit s’inscrire dans le strict respect du Code du travail, des contrats de travail, du règlement intérieur, de la dignité des travailleurs et des principes fondamentaux de justice et d’équité.

Le syndicat sollicite l’intervention des plus hautes autorités de l’État, notamment du Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, du Premier ministre ainsi que du Ministre des Télécommunications et du Numérique, autorité de tutelle de SENUM S.A., afin qu’elles interviennent en faveur de la réintégration immédiate des trois agents licenciés et du versement de dommages et intérêts en réparation des préjudices subis.

Le dossier présenté par le syndicat détaille plusieurs situations jugées préoccupantes. Il évoque notamment le refus de tout contact professionnel et humain par le Directeur général à l’égard des trois cadres dès sa prise de fonction, leur exclusion des réunions stratégiques et la suppression de leurs primes trimestrielles sans justification transparente.

Le syndicat dénonce particulièrement le cas du Coordonnateur technique, qui a reçu notification d’une prime trimestrielle de zéro franc CFA dès le lendemain d’une lourde opération pour une tumeur cérébrale, sans aucune visite ni appel de la Direction générale durant ses cinq mois d’arrêt maladie. Il pointe également le déclassement unilatéral de ce cadre après vingt ans de service, ainsi que le licenciement du Directeur de la Logistique, prononcé dix jours seulement après les funérailles de son épouse.

Au-delà des situations individuelles, le syndicat dénonce une opacité administrative incompréhensible dans une société nationale : la nouvelle grille salariale, le nouvel organigramme et le statut actualisé du personnel n’auraient toujours pas été officiellement communiqués aux anciens agents concernés depuis environ un an et demi.

Des modifications unilatérales des contrats de travail auraient par ailleurs été imposées à plus de 150 agents contractuels, avec notamment le déclassement d’anciens directeurs et chefs de division ramenés au rang de simples agents. Plus d’un an après, les avenants concernés n’ont toujours pas été validés par l’Inspection du travail, laissant ces agents dans une situation de précarité et d’incertitude juridique.

Le syndicat fait également état d’écarts salariaux importants entre nouveaux directeurs et anciens responsables, et de soupçons d’éviction ciblée de quinze agents cumulant chacun plus de dix ans d’ancienneté, dont cinq auraient déjà été licenciés.

Le syndicat conteste les conditions dans lesquelles les trois licenciements ont été prononcés. Le Coordonnateur technique aurait appris son licenciement par un courriel collectif alors qu’il se trouvait en France en congé pour raisons médicales, sans notification personnelle préalable. L’ingénieur Télécom s’est vu notifier une demande d’explications avec un délai de réponse de 24 heures alors qu’il était en arrêt maladie, avant d’être licencié moins de 48 heures après l’engagement de la procédure. Quant à l’ancien Directeur de la Logistique, il a été licencié trois mois après la demande d’explications, sans élément nouveau identifié.

Le syndicat souligne une carence préoccupante dans la représentation des travailleurs : les licenciements ont été prononcés sans entretien préalable et sans la présence d’un délégué du personnel, alors que SENUM S.A. ne dispose toujours pas de cette représentation élue, plus de deux ans après l’adoption du décret n° 2024-901 du 16 octobre 2024.

Les faits reprochés au Coordonnateur technique et à l’ingénieur Télécom concernent le projet PASSANT, reposant sur une offre spontanée « clé en main » portée par la société espagnole LITEYCA. Le syndicat soutient que les agents de SENUM S.A. intervenaient uniquement dans le cadre de missions de suivi, de coordination et de supervision, et non dans l’exécution matérielle des travaux. « Comment peut-on reprocher au Coordonnateur technique et à l’ingénieur Télécom d’avoir occasionné des pertes financières à la société, alors que leurs missions se limitaient à la coordination des équipes chargées de la supervision ? », interroge le syndicat.

Le CNTLS exige un réexamen rigoureux des licenciements des trois camarades et entend soutenir toutes les démarches légalement appropriées en vue de leur contestation et de leur réintégration. Il demande que les motifs invoqués par la Direction générale soient examinés de manière indépendante et contradictoire, et que soient vérifiées les primes trimestrielles, les modifications contractuelles, les échelons d’ancienneté et l’ensemble des préjudices financiers et moraux invoqués.

Le syndicat réclame également la clarification et la justification documentée des décisions contestées, la communication officielle de la grille salariale et de l’organigramme, la vérification de la régularité des avenants, l’examen des écarts de rémunération, l’organisation sans délai des élections des délégués du personnel et la mise en place de garanties contre toute mesure de représailles.

Pour appuyer ses démarches, le syndicat entend constituer un dossier documentaire complet et une chronologie précise des faits, avant de saisir les autorités administratives et les organismes compétents.

En conclusion, Papa Mamadou Kane a souligné que la situation dénoncée dépasse le seul différend opposant la Direction générale aux trois agents licenciés. « Le syndicat ne réclame ni privilèges ni immunité pour les trois camarades. Il exige que chacun soit jugé sur la base de faits établis, de responsabilités clairement définies et de procédures conformes au droit », a-t-il insisté.

« Face aux décisions contestées, le syndicat exige le droit. Face à l’opacité, il exige la transparence. Face à la mise à l’écart des travailleurs, il défend la solidarité et la représentation collective. Le respect des travailleurs n’est pas une faveur : c’est une exigence. Le dialogue social n’est pas une faiblesse : c’est une nécessité. La justice au travail n’est pas une option : c’est un droit. »

Abdou Thiam DOGO, iratv.net