Au lendemain du rejet du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 par l’Assemblée nationale, le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal est monté au créneau. Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 5 novembre 2026, au siège de l’Alliance pour la République (APR), à Mermoz, à Dakar, ses responsables ont dénoncé la posture de la majorité parlementaire Pastef et appelé le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, à prendre pleinement ses responsabilités face à la crise institutionnelle et politique qui se dessine.
Cette rencontre avec les médias avait pour objectif de revenir sur le rejet, le 3 novembre dernier, du projet de loi de finances rectificative pour l’exercice 2026, soumis à l’Assemblée nationale par le gouvernement.
La rencontre s’est déroulée en présence de députés du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, de représentants du Front pour la défense de la démocratie et de la République (FDR), de membres de l’APR ainsi que de plusieurs figures de l’opposition sénégalaise.
Prenant la parole au nom de ses collègues, la présidente du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, Me Aïssata Tall Sall, a vivement critiqué les conditions dans lesquelles le texte budgétaire a été rejeté par les députés.
Selon elle, cet épisode constitue un fait inédit dans l’histoire parlementaire et budgétaire du Sénégal.
« Le 3 novembre, il y a quelques jours, l’Assemblée nationale a rejeté le projet de loi de finances rectificative qui avait été soumis par le gouvernement. Ce qui s’est passé ce jour-là n’était pas une simple péripétie de procédure. Bien au contraire, c’est beaucoup plus grave. Ce qui s’est passé est sans précédent dans l’histoire budgétaire et parlementaire de notre pays », a déclaré la députée.
Me Aïssata Tall Sall a particulièrement insisté sur le fait que le projet de loi aurait été rejeté avant même l’ouverture d’un véritable débat parlementaire.
« Pour la première fois, une loi de finances rectificative a été rejetée avant même d’avoir été discutée. Qu’elle ait été rejetée n’a peut-être rien d’anormal, d’incongru ou d’inattendu. Mais qu’elle l’ait été sans débat, voilà toute la gravité de ce qui s’est passé le 3 novembre dernier », a-t-elle dénoncé.
Revenant sur les étapes ayant précédé ce rejet, la présidente du groupe parlementaire a rappelé que, dès le 23 octobre 2026, la majorité parlementaire, dominée par Pastef, avait déjà rejeté le projet de loi en commission des finances.
À cette occasion, a-t-elle expliqué, les députés de Takku Wallu Sénégal avaient choisi de s’abstenir, une position qui avait suscité de nombreuses interrogations.
« Nous avions alors expliqué que nous avions surpris, voire démasqué, un jeu de va-et-vient entre le gouvernement et le groupe parlementaire Pastef, ou en tout cas la majorité, pour discuter de on ne savait quoi et aboutir à on ne savait quoi. Dans ces conditions, où les choses ne nous semblaient franchement pas convenables, nous avions estimé qu’il était préférable de nous abstenir », a-t-elle précisé.
S’agissant du déroulement de la séance plénière du 3 novembre, Me Aïssata Tall Sall a indiqué qu’une question préalable avait été déposée par la majorité parlementaire avant même l’examen du projet de loi. Celle-ci aurait été adoptée par 104 voix contre 20, avec trois abstentions.
La présidente du groupe Takku Wallu Sénégal a rappelé que, conformément aux dispositions des articles 83 et 85 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, l’adoption d’une question préalable entraîne le rejet du texte concerné et met fin à son examen.
Par ailleurs, Me Aïssata Tall Sall a dénoncé ce qu’elle considère comme une contradiction dans la position de Pastef sur le budget 2026. Elle a rappelé que ce budget avait été présenté par le gouvernement dirigé par le Premier ministre Ousmane Sonko et défendu avec enthousiasme par les députés de la majorité, qui en vantaient alors la sincérité et la conformité.
« Aujourd’hui, ils reviennent dire le contraire du même budget », a-t-elle relevé, mettant ainsi en évidence ce qu’elle considère comme un revirement politique de la majorité parlementaire.
Dans la même dynamique, la responsable parlementaire a tenu à clarifier la position de son groupe, qui refuse, selon elle, de cautionner une gestion budgétaire qu’il juge peu orthodoxe, tout en rejetant toute démarche susceptible de contribuer au blocage du fonctionnement de l’État.
« Nous avons fait le choix de la responsabilité républicaine, qui est la marque de notre famille politique. Autant nous refusons de donner quitus à une gestion qui ne nous paraît pas orthodoxe, autant nous refusons d’être avec Pastef pour tenir le Sénégal en otage, tout simplement parce qu’ils le veulent », a-t-elle martelé.
En conclusion de son intervention, Me Aïssata Tall Sall a lancé un appel direct au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, l’invitant à jouer pleinement son rôle d’arbitre et de garant du fonctionnement des institutions.
Pour la présidente du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, le chef de l’État ne saurait se dérober à ses responsabilités face aux tensions entre le pouvoir exécutif et la majorité parlementaire issue de Pastef.
« Nous appelons le président Bassirou Diomaye Faye à assumer ses responsabilités. C’est l’élu principal, c’est l’élu suprême. Les 54 % ne lui appartiennent pas à Pastef. C’est sur son nom que les Sénégalais ont voté. Donc, si ce pays est bloqué, le premier qui aura violé son serment… », a-t-elle déclaré.
À travers cette sortie médiatique, Takku Wallu Sénégal entend ainsi se positionner comme une force d’opposition qui revendique une posture de responsabilité républicaine, tout en mettant le président de la République face à ses obligations institutionnelles dans un contexte marqué par des tensions autour de la gestion des finances publiques et des rapports entre l’exécutif et la majorité parlementaire.
Moctar Sissoko

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