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Tuberculose au Sénégal : le RN-ASLUT intensifie la riposte et brise le mur de la stigmatisation

Réuni en assemblée générale triennale à Dakar, le Réseau National des Associations de Lutte contre la Tuberculose (RN-ASLUT) a dressé le bilan de ses activités tout en lançant un nouvel appel à la mobilisation communautaire. Entre sensibilisation, dépistage précoce et accompagnement des malades, l’organisation veut accélérer la cadence pour atteindre l’objectif mondial d’éradication de la tuberculose d’ici 2030.
Dakar a accueilli ce week-end l’assemblée générale du Réseau National des Associations de Lutte contre la Tuberculose (RN-ASLUT), une rencontre statutaire organisée tous les trois ans afin d’évaluer les actions menées sur le terrain et de redéfinir les stratégies de lutte contre cette maladie encore présente au Sénégal.

Prenant la parole à cette occasion, le coordonnateur national du réseau, Adama Niang, a rappelé que cette rencontre constitue un moment clé de concertation, de reddition des comptes et de projection. « Tous les trois ans, nous faisons le bilan de nos interventions et nous réajustons nos priorités afin d’être plus efficaces dans la lutte contre la tuberculose », a-t-il expliqué.
Objectif 2030 : éradiquer la tuberculose
Face aux exigences fixées par les partenaires internationaux, notamment le Fonds mondial et Stop TB, le Sénégal s’est engagé dans une dynamique d’éradication de la tuberculose à l’horizon 2030. Un défi que le RN-ASLUT entend relever à travers un travail de proximité mené dans les 14 régions du pays.
Selon Adama Niang, la bataille est certes difficile, mais loin d’être perdue. « Chaque jour, nous multiplions les actions pour que cette maladie ne soit plus un sujet de santé publique majeur dans notre pays », a-t-il soutenu.

L’un des principaux obstacles identifiés reste toutefois la stigmatisation. Pour le responsable associatif, cette perception négative de la tuberculose freine considérablement le dépistage et la prise en charge. Beaucoup de malades hésitent encore à se faire consulter par peur du regard social, alors même que la maladie est totalement curable.
Les responsables du réseau ont tenu à rassurer les populations : la tuberculose se soigne et se guérit entièrement lorsqu’elle est détectée à temps. Le traitement, d’une durée moyenne de six mois pour les cas simples, est entièrement gratuit dans toutes les structures sanitaires du Sénégal grâce au Programme national de lutte contre la tuberculose mis en place par le ministère de la Santé.

« Dès qu’un patient est diagnostiqué positif, il est immédiatement pris en charge sans dépenser le moindre franc », a insisté Adama Niang.
Parmi les signes évocateurs de la maladie figurent notamment la toux persistante pendant plus de quinze jours, la fatigue générale, la fièvre en soirée, la perte d’appétit, l’amaigrissement et les sueurs nocturnes. Toutefois, les responsables rappellent que seul un examen de laboratoire permet de confirmer ou non la présence du bacille.
Si la banlieue dakaroise a longtemps concentré près de 44 % des cas de tuberculose recensés au Sénégal, les statistiques actuelles montrent une légère baisse avec un taux estimé à 40 %. Mais la capitale demeure la région la plus touchée parmi les six zones dites à forte charge.
La promiscuité, l’insalubrité, la surpopulation dans les habitations et la précarité économique constituent les principaux facteurs favorisant la propagation de la maladie, particulièrement dans les quartiers populaires.
« Ce sont surtout les pauvres urbains qui paient le plus lourd tribut », a reconnu le coordonnateur du RN-ASLUT.

Un réseau présent dans les 14 régions
Venue de Saint-Louis pour prendre part à cette assemblée, la délégation régionale a salué la régularité organisationnelle du réseau ainsi que le leadership de son président. Son point focal régional, Papa Aby Kâne Diallo, a mis en avant l’importance du maillage territorial du RN-ASLUT, qui permet de mener des activités de dépistage communautaire, d’orientation des tousseurs, de suivi des cas positifs et de recherche systématique des cas contacts.
« Le travail présenté au niveau national n’est qu’une partie visible des efforts. Dans chaque région, les associations membres mènent un travail quotidien de sensibilisation et de détection qui contribue fortement à la régression de la maladie », a-t-il souligné.

À Saint-Louis notamment, région classée zone à forte charge, plusieurs résultats encourageants ont été enregistrés grâce aux campagnes communautaires et au programme GC7 financé dans le cadre de la riposte mondiale contre la tuberculose.
Les anciens malades mis à contribution
Autre innovation majeure portée par le RN-ASLUT : la création d’associations d’anciens malades guéris de la tuberculose. Ces structures, déjà expérimentées dans certaines régions comme Saint-Louis, servent de relais communautaires pour sensibiliser, rassurer et accompagner les nouveaux patients.

En plus du suivi sanitaire, ces anciens malades bénéficient parfois d’un appui financier afin de développer des activités génératrices de revenus et retrouver une insertion sociale durable.
À travers cette assemblée générale, le RN-ASLUT réaffirme ainsi sa volonté de maintenir la pression sur le terrain. Pour les acteurs de la lutte, la victoire contre la tuberculose ne dépend pas uniquement des médicaments, mais surtout de l’information, du dépistage précoce et de l’engagement des communautés.

En clair, le message lancé depuis Dakar est sans ambiguïté : tant que la peur et l’ignorance entoureront la tuberculose, la maladie continuera de circuler. Mais avec une population mieux informée, un diagnostic rapide et une prise en charge gratuite, l’espoir d’un Sénégal sans tuberculose en 2030 reste plus que jamais possible.

Abdou Thiam Dogo